Politique

Publié le 06-Avril-2026

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Que peut-on attendre de la Force de Répréssion des Gangs en Haïti

la Force de Répression des Gangs représente une initiative plus ambitieuse que les interventions précédentes visant à résoudre la crise sécuritaire en Haïti. Cependant, son efficacité dépendra largement de facteurs qui dépassent son mandat, tels que la volonté politique, la reconstruction institutionnelle et le retour à l'ordre constitutionnel en Haïti qui fait défaut depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse.

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CULTURE

Fantom choisit Limonade : le retour d’un souffle sur Haïti

La pluie tombe, le sol tremble, et une voix traverse les nuages : Fantom revient en Haïti. Limonade n’est pas sa naissance, mais elle devient son choix, son refuge, son nouveau royaume. Sous une pluie battante, le vent emporte les échos d’un exil trop long. Fantom, légende du Barikad Crew, se tient là, sur une scène trempée, et chaque goutte semble danser avec ses mots. Il n’est pas né ici, mais aujourd’hui, il adopte Limonade. La ville devient sa racine, son port, le sol où il déposera ses rêves et ses rimes. Les années passées en République dominicaine ont laissé leurs cicatrices : arrestation, détention, frontières fermées. Mais derrière la peur, une force silencieuse a grandi. Sur scène, sous la pluie, cette force éclate en notes et en vers. La ville retient son souffle. Chaque parole est une libération, chaque pas une déclaration : « Je choisis ce pays, je choisis cette ville, je choisis de revenir. » Fantom ne ramène pas seulement sa musique : il transporte ses espoirs, ses luttes et sa lumière. Limonade devient alors plus qu’un lieu : un symbole, un théâtre où la résilience prend forme, où la musique devient manifeste, où chaque goutte de pluie se fait applaudissement. Adopter Limonade, c’est transformer l’exil en retour, la pluie en rythme, et la ville en maison. Fantom n’est plus seulement un artiste : il est un souffle nouveau sur Haïti, une invitation à croire que choisir, revenir et rêver sont des actes de courage.

Décès de Dieudonné Larose : Haïti perd une voix majeure de sa mémoire musicale

La musique haïtienne est en deuil. Le vendredi 9 janvier 2025, Dieudonné Larose, figure emblématique du compas et de la musique populaire haïtienne, s’est éteint, laissant derrière lui une œuvre riche et un héritage profondément ancré dans la mémoire collective. L’annonce de sa disparition a suscité une vive émotion à travers le pays, au point que le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a publié une note officielle de sympathie saluant la contribution exceptionnelle de l’artiste à la culture nationale. À travers ses chansons, Dieudonné Larose s’était imposé comme une voix incontournable de la scène musicale haïtienne. Son talent, reconnu tant par le public que par ses pairs, lui a permis de traverser les générations, touchant aussi bien les amateurs de compas traditionnel que les jeunes mélomanes. Ses textes, souvent empreints de sensibilité, d’amour et de réalisme social, reflétaient les joies, les douleurs et les espoirs du peuple haïtien. Le CPT, dans sa note de sympathie, souligne que Dieudonné Larose n’était pas seulement un musicien, mais un porteur de mémoire et d’identité. Sa musique, devenue au fil du temps un repère culturel, continuera de résonner « comme un chant d’amour pour Haïti et pour l’humanité ». Une reconnaissance institutionnelle qui témoigne de l’impact durable de l’artiste bien au-delà de la scène musicale. La disparition de Dieudonné Larose laisse un vide immense, non seulement au sein de sa famille et de ses proches, mais aussi dans toute la communauté artistique haïtienne. Pour de nombreux musiciens, il représentait un modèle de rigueur, de créativité et de fidélité à l’authenticité musicale haïtienne. Son parcours inspire aujourd’hui une nouvelle génération appelée à préserver et renouveler cet héritage culturel. Au-delà de l’émotion, la mort de Dieudonné Larose relance également le débat sur la préservation du patrimoine musical haïtien et la reconnaissance des artistes de leur vivant. Dans un pays confronté à de multiples crises, la culture demeure l’un des rares espaces de résistance, de cohésion et d’espoir. Les œuvres de Larose s’inscrivent pleinement dans cette dynamique, rappelant que la musique reste une force de rassemblement et d’affirmation identitaire. En adressant ses condoléances à la famille de l’artiste, à ses amis, à ses collègues musiciens et aux mélomanes, le Conseil Présidentiel de Transition a exprimé le sentiment partagé par toute une nation. Si Dieudonné Larose n’est plus physiquement parmi nous, son héritage artistique, lui, est appelé à traverser le temps. Comme beaucoup de grandes figures de la musique haïtienne, Dieudonné Larose entre désormais dans l’histoire. Une histoire faite de notes, de paroles et d’émotions, qui continueront d’inspirer Haïti et ses générations futures.

Dieudonné Larose s’éteint : disparition d’une légende du konpa haïtien

Né le 5 juin 1945 à Cabaret, Larose restera dans la mémoire collective comme l’un des artistes les plus influents et les plus aimés du konpa, le genre musical emblématique d’Haïti. Son parcours artistique s’étend sur près d’un demi-siècle, au cours duquel il a su imposer une voix unique, des compositions marquantes et une présence scénique captivante. L’enracinement culturel de Larose était profond. Bien que né à Port-au-Prince, il se définissait comme « fils du Nord » et ses racines s’étendaient à travers des régions comme Jacmel, l’Artibonite et Limbé, reflétant la richesse et la diversité du patrimoine haïtien. Sa carrière débuta dans les années 1970, au sein de formations musicales locales avant de rejoindre des groupes reconnus tels que Shoogar Combo et DP Express, marquant ses premiers succès sur la scène nationale. Mais c’est avec le groupe Missile 727 qu’il connut une notoriété véritablement internationale, enchaînant des tubes devenus cultes comme « Accident », « Mandela », « Jolie Minou » ou encore « Guerre mondiale ». Larose ne se contentait pas d’être un représentant du konpa : il en était un véritable ambassadeur culturel. Ses compositions, souvent teintées de rythmes afro-caribéens et de mélodies influencées par des ballades espagnoles, abordaient des thèmes sociaux et humains, touchant des publics de tous âges. Tout au long de sa carrière, il reçut de nombreuses reconnaissances pour sa contribution à la musique haïtienne. En 2025, il avait été honoré à Montréal, lors d’un hommage public rassemblant artistes et admirateurs, signe de l’impact durable de son œuvre au-delà des frontières nationales. Sur le plan personnel, Larose était un homme de famille dévoué, père de 25 enfants et grand-père de plus de 16 petits-enfants. Sa générosité, sa sagesse et son humanité transparaissaient tant dans sa musique que dans son engagement envers les siens et envers ses nombreux fans. Alors qu’Haïti traverse une période tumultueuse, marquée par des défis politiques et sociaux, la disparition de Dieudonné Larose laisse un vide immense dans le paysage culturel. Son héritage artistique, riche de dizaines d’albums et de prestations légendaires, continuera de vibrer dans les cœurs des mélomanes haïtiens et de la diaspora. Son influence dépasse la musique : il incarnait la persévérance, la créativité et l’amour du pays. Aujourd’hui, Haïti perd non seulement une voix, mais une partie de son identité culturelle. Dieudonné Larose restera à jamais une étoile du konpa, dont la flamme continuera de briller à travers les générations.

Finette Pierre-Luc, quand la foi chante plus fort que la mort

Elle chantait la vie, l’espérance et la foi, mais la maladie a imposé un silence brutal à sa voix. Finette Pierre-Luc, artiste évangélique haïtienne, s’est éteinte le 15 décembre 2025 en République dominicaine, à seulement 34 ans, après un combat éprouvant contre l’anémie falciforme. Sa disparition laisse un vide immense et un héritage spirituel qui dépasse le temps. Finette n’était pas une simple chanteuse. Elle était une âme consacrée, une voix qui apaisait les cœurs fatigués et redonnait souffle à ceux que la vie avait épuisés. À travers ses chants, elle parlait de Dieu comme d’une source vive, d’un refuge sûr au milieu des tempêtes, d’un ami fidèle quand tout semblait perdu. Jusqu’à la veille de son départ, l’espoir persistait. Son entourage appelait encore à la prière, croyant à un miracle possible. Des messages de soutien et de solidarité ont afflué de toutes parts. Mais le destin en a décidé autrement. Finette a quitté la scène terrestre, laissant derrière elle une profonde tristesse et un nourrisson né avant terme, fragile symbole de continuité et d’amour au cœur de l’épreuve. Son départ bouleverse le monde évangélique et la scène musicale chrétienne haïtienne. Pourtant, sa voix ne s’éteint pas. Elle vit dans chaque parole qu’elle a chantée, dans chaque âme qu’elle a touchée, dans chaque prière qu’elle a inspirée. Finette Pierre-Luc s’en va, mais son message demeure. Elle nous rappelle que certaines voix ne meurent jamais : elles se transforment en écho éternel. Dans la douleur de l’absence, il reste la foi qu’elle a semée, la lumière qu’elle a portée et l’espérance qu’elle a laissée en héritage. Repose en paix, Finette. La terre t’a perdue, mais le ciel a gagné une voix.

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SANTé

Scandale médical : une mineure contaminée au VIH, l’OPC exige des sanctions immédiates

Le soleil tape sur la cour de l’hôpital Nos Petits Frères et Sœurs. Des parents, des enfants, des silhouettes fatiguées attendent sous la chaleur. Rien, absolument rien, dans cette scène ordinaire ne laisse deviner qu’ici, il y a sept ans, la vie d’une enfant a basculé. En 2018, une fillette de 10 ans avait été admise pour un soin banal. Quelques heures plus tard, une transfusion lui était administrée. Ce jour-là, dans une salle froide, un geste censé la sauver a bouleversé son futur. Aujourd’hui, devenue adolescente, elle porte encore les conséquences d’une erreur médicale que l’hôpital a reconnue peu après les faits, sans jamais réellement réparer le tort causé. Une famille brisée dans le silence Dans le quartier où la jeune fille vit toujours, les voisins évoquent une famille discrète, épuisée mais digne. L’un d’eux confie, presque en murmurant : « Sa maman ne parle pas beaucoup… mais on voit que cette histoire leur pèse. Ils ont cherché de l’aide partout. C’est comme s’ils avaient crié longtemps dans un espace où personne ne répondait. » Depuis le drame, la famille a dû apprendre à vivre avec un poids qu’elle n’a jamais choisi : consultations, médicaments, rendez-vous, fatigue, inquiétudes, regards parfois lourds. Tout cela dans un pays où les structures d’accompagnement sont souvent inexistantes. L’OPC brise enfin le mur Sept ans après, l’Office de la Protection du Citoyen (OPC) a décidé d’agir. Dans une lettre ferme adressée au ministère de la Santé publique, le Protecteur du citoyen, Me Jean Wilner Morin, exige des sanctions immédiates et une réparation juste pour la jeune fille et ses proches. Pour lui, ce cas représente bien plus qu’une faute médicale : c’est une atteinte directe à la dignité, aux droits et à l’avenir d’une adolescente qui ne méritait que protection. « Ce n’est pas un accident isolé » Un professionnel du secteur médical, touché mais prudent, lâche : « Dans nos hôpitaux, les équipes font ce qu’elles peuvent… mais parfois, le système laisse passer l’irréparable. Et quand ça arrive, les familles restent seules. ». Cette phrase résume la réalité que l’OPC veut mettre en lumière : les contrôles insuffisants, les mécanismes de suivi défaillants, le manque d’encadrement, et surtout le silence qui entoure ces cas. Dans sa correspondance, l’OPC parle même d’autres situations similaires, étouffées par l’absence d’accompagnement pour les victimes. Une adolescence volée Pour la jeune fille, la vie a pris un tournant que ni elle ni sa famille n’avaient imaginé. Les rêves d’enfant, les ambitions scolaires, l’insouciance… tout cela s’est heurté à une réalité douloureuse. Un proche de la famille raconte : « Ce n’est pas seulement une maladie. C’est le choc, la honte qu’on impose, la peur du lendemain, l’injustice. Elle n’a rien demandé… elle voulait juste guérir. » Dans les couloirs de l’hôpital, le contraste est brutal : les files d’attente, les pas pressés, les pleurs parfois… Et au milieu, l’histoire d’une adolescente qui rappelle ce que peut coûter une seule négligence. Un pays face à un choix moral Ce drame n’est pas un cas isolé, mais il devient un symbole. Un symbole de ce que vit une population qui ne demande que des soins sûrs, respectueux, encadrés. Pour l’OPC, l’heure n’est plus aux excuses. Il faut des sanctions, oui. Mais il faut surtout redonner à cette jeune fille et à toutes les autres victimes possibles la place qu’elles méritent : celle d’êtres humains auxquels l’État doit protection, transparence et justice. Un appel à la conscience collective Ce cas rappelle une vérité sensible : derrière chaque faute médicale se cache une vie, une famille, une histoire. Et derrière chaque silence institutionnel, il y a une souffrance qui s’alourdit. Le drame de Tabarre doit devenir un tournant. Pas seulement pour sanctionner, mais pour reconstruire. Pour que les hôpitaux soient des lieux de guérison, pas des lieux où une simple erreur peut briser une enfance.

Nathacha Rosier : l’infirmière qui transforme des vies et inspire tout un peuple

Dans le Sud d’Haïti, là où les routes s’effacent entre montagnes et ravines, une femme illumine les villages et réinvente la santé avec courage, vision et passion. Nathacha Rosier n’est pas seulement une infirmière diplômée : elle est une force de transformation, une entrepreneure sociale audacieuse, et une leader communautaire engagée. Chaque jour, elle incarne ce que signifie véritablement servir, protéger et inspirer. Depuis ses débuts à Maniche, elle a choisi un chemin rare : mettre la santé et le bien-être au cœur de sa mission, en allant au-delà des murs des institutions, là où les patients sont le plus vulnérables. Diplômée en sciences infirmières en 2020 à l’Université Notre Dame d’Haïti et licenciée par le MSPP en 2021, elle a très vite démontré que la compétence seule ne suffit pas : il faut la passion, l’audace, la créativité et le courage pour transformer une communauté. Une vision audacieuse et un engagement sans faille Nathacha n’attend pas que les solutions viennent des autres. Elle crée, innove et agit. Février 2021 : Elle fonde Miss Nathou Resto, promouvant une alimentation saine, naturelle et accessible. Août 2021 : Après le séisme, elle organise la cuisson et la distribution de repas pour les familles sinistrées, apportant soutien et espoir en temps de crise. Décembre 2021 : Elle rejoint le centre de santé de Maniche, développant des programmes de prévention et de dépistage, touchant des centaines de femmes et d’hommes. Cette capacité à anticiper, innover et agir est l’une des qualités majeures qui fait d’elle une entrepreneure à succès : vision claire, leadership, audace et persévérance. Une clinique mobile, un pont vers l’espoir En août 2024, elle transforme son rêve en réalité : sa propre clinique à domicile, sillonnant les villages les plus reculés de Maniche, Camp Périn, Guilgo, Coraux, Saint-Louis, Cavaillon et Bananier. Depuis, elle a soigné près de 200 patients, franchissant ravines et chemins impraticables, chaque trajet étant un acte de courage, chaque geste posé un acte d’humanité. Chaque vie sauvée est un trophée, chaque sourire retrouvé un triomphe sur l’adversité. Les familles pleines de gratitude témoignent que Nathacha ne sauve pas seulement des corps, mais redonne la confiance et la dignité. Leadership et impact durable Pour amplifier son action, Nathacha fonde en juin 2025 l’OPSED’S (Organisation des Professionnels Sanitaires Engagés pour le Développement du Sud). Cette initiative fédère les professionnels de santé autour d’un objectif clair : protéger, éduquer et renforcer la communauté. Juillet 2025 : Formation de plus de 100 habitants aux gestes de premiers secours. Août 2025 : Organisation d’une clinique mobile gratuite, offrant des soins primaires à tous. Ces réalisations témoignent de son esprit stratégique, de sa discipline et de sa capacité à mobiliser et inspirer. Elle combine la vision d’une leader, le courage d’une aventurière et la sensibilité d’une humaniste. Un modèle universel d’excellence Nathacha Rosier est bien plus qu’une infirmière : elle est un exemple vivant de ce qu’une entrepreneure, un leader et une humaniste peuvent accomplir. Elle allie : -Vision et audace pour créer des solutions innovantes. -Persévérance et résilience face aux obstacles. -Leadership et capacité à inspirer ceux qui l’entourent. -Compassion et humanité pour transformer chaque vie en victoire. Elle milite pour un hôpital digne à Maniche, capable de traiter tous les patients, prouvant que la santé est un droit, pas un privilège. Ine source d’inspiration mondiale Aujourd’hui, Nathacha Rosier est un phare pour sa communauté, un modèle d’entrepreneuriat social et un exemple universel de courage et de détermination. Chaque patient soigné, chaque vie sauvée et chaque sourire retrouvé est la preuve qu’un seul individu, guidé par la passion, le service et l’excellence, peut transformer une région entière et inspirer le monde entier.

Haïti : alerte sanitaire après le passage de l’ouragan Melissa

Lors de la 28ᵉ édition des #MardisDeLaNation, le Gouvernement à travers son ministre de la santé, Dr Sinal BERTRAND a présenté les mesures mises en œuvre pour contenir cette crise sanitaire. L’accent est mis sur la prévention, la protection des populations vulnérables et la réhabilitation rapide des infrastructures de santé endommagées. Parmi les actions prioritaires : -Assistance immédiate aux populations sinistrées et soutien aux structures sanitaires affectées ; -Campagnes de sensibilisation et prévention, avec un message clair sur l’importance de l’eau potable, de l’hygiène personnelle et de la sécurité alimentaire ; -Opérations d’assainissement et distribution de kits d’hygiène dans les communautés les plus exposées ; -Surveillance sanitaire renforcée, permettant une réaction rapide face aux nouveaux cas et une coordination étroite avec les partenaires locaux et internationaux ; -Mobilisation des équipes médicales pour garantir la prise en charge des malades et la mise en place de centres de traitement temporaires si nécessaire. Le Gouvernement appelle toutes les communautés à rester vigilantes et à coopérer pleinement pour limiter la propagation des maladies. La population est invitée à respecter les mesures d’hygiène, à privilégier l’eau traitée ou bouillie et à signaler toute situation suspecte aux autorités sanitaires. Face à ces défis post-catastrophe, la prévention et la réactivité restent les armes essentielles pour protéger la santé publique et éviter que la situation ne se transforme en crise majeure.

Automédication en Haïti : une bombe silencieuse dans les foyers

Dans une petite pharmacie de Carrefour, une mère tend un billet de 500 gourdes au comptoir. Sans ordonnance, elle repart avec des antibiotiques pour “faire passer la fièvre” de son fils. Ce geste anodin, répété chaque jour dans les quatre coins du pays, illustre un danger invisible : l’automédication, une pratique devenue aussi courante que risquée En Haïti, se soigner soi-même sans avis médical est presque une norme. Pourtant, selon les experts, cette habitude pourrait à long terme affaiblir tout le système de santé. Pour en parler, Radio Télé Voix d’Haïti s’est entretenue avec le Dr André-Louis Bernard, médecin généraliste, professeur d’université et spécialiste en santé publique, formé à Cuba et en Suisse. Qu’est-ce que l’automédication ? Maxime Daniel Etienne (Journaliste) : Docteur Bernard, que signifie exactement “automédication” ? Dr André-Louis Bernard : “L’automédication, c’est le fait de se soigner soi-même sans consulter un professionnel. Cela inclut l’usage de médicaments achetés sans ordonnance, de restes de traitements ou de remèdes traditionnels. Cela peut sembler pratique, mais c’est une habitude dangereuse, surtout lorsqu’elle devient systématique.” « L’automédication n’est pas une solution, c’est une bombe à retardement sanitaire. » Dr Bernard Maxime Daniel Etienne : Quelles sont les principales causes de ce phénomène ? Dr André-Louis Bernard : “Il y en a plusieurs. D’abord, l’accès difficile aux soins : les hôpitaux sont souvent saturés ou trop éloignés. Ensuite, le coût élevé des consultations pousse beaucoup de familles à chercher des alternatives. À cela s’ajoute la facilité d’accès aux médicaments certaines pharmacies vendent sans ordonnance et la tradition des remèdes maison.” Un autre facteur majeur demeure le manque de sensibilisation. Selon une étude menée en 2023 par la Faculté de Médecine de l’Université d’État d’Haïti, plus de 65 % des Haïtiens reconnaissent avoir déjà pris des médicaments sans avis médical. « L’automédication n’est pas un choix individuel. C’est un problème collectif qui menace la santé publique. » Dr Bernard Des risques graves, souvent ignorés Les conséquences de l’automédication sont multiples et parfois irréversibles : Retard de diagnostic : certaines maladies graves passent inaperçues. Surdosage ou intoxication : les anti-inflammatoires et le paracétamol peuvent endommager le foie et les reins. Résistance bactérienne : l’usage abusif d’antibiotiques rend les infections plus difficiles à traiter. Effets secondaires imprévus : allergies, troubles digestifs, hémorragies, voire hospitalisations. Cas concret : “Un adolescent a pris plusieurs antibiotiques pour une fièvre. En réalité, il souffrait d’une infection pulmonaire sévère. Il a été hospitalisé d’urgence et heureusement sauvé, mais cette erreur aurait pu lui coûter la vie.” Dr Bernard Remèdes traditionnels : entre culture et confusion En Haïti, les plantes médicinales occupent une place historique dans les foyers. Si certaines ont des vertus reconnues, leur usage incontrôlé peut s’avérer dangereux. « Les plantes peuvent soulager certains symptômes, mais elles ne remplacent pas un diagnostic médical. Mal utilisées, elles peuvent aggraver l’état du patient. » Dr Bernard Les pharmacies, quant à elles, jouent parfois un rôle ambigu : la vente sans contrôle de médicaments favorise une spirale de dépendance et de faux traitements. Comment réduire ce fléau ? Le Dr Bernard propose plusieurs pistes de solution : 1. Consulter un médecin dès que les symptômes persistent. 2. Éviter l’usage d’antibiotiques sans prescription. 3. Respecter les doses indiquées sur les ordonnances. 4. Renforcer la régulation du secteur pharmaceutique. 5. Multiplier les campagnes de sensibilisation dans les écoles, médias et églises. « La prévention est la meilleure médecine. Informer, c’est déjà soigner. » Dr Bernard Une urgence de santé publique Au-delà des comportements individuels, l’automédication révèle une crise structurelle du système de santé haïtien : hôpitaux sous-équipés, absence de politique nationale sur le médicament, et vide réglementaire permettant la vente libre de produits potentiellement dangereux. « Tant que les médicaments se vendront comme du pain, la santé publique haïtienne restera en sursis. » Dr André-Louis Bernard Conclusion L’automédication en Haïti est plus qu’un réflexe populaire : c’est une bombe silencieuse qui fragilise les familles et compromet les efforts médicaux. Face à ce constat, la solution passe par l’éducation sanitaire, la régulation stricte et la responsabilité collective. Chaque comprimé pris sans avis médical est un pari risqué sur la santé un pari que trop de foyers haïtiens continuent malheureusement de perdre.

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Actualité

L’ONU et l’esclavage : 400 ans pour dire ce que Haïti savait déjà

New York, 25 mars 2026 Après quatre siècles de silence, de mensonges diplomatiques et de sourires hypocrites, l’ONU a enfin osé dire ce que Haïti, première république noire indépendante, sait depuis 1804 : l’esclavage était le pire crime contre l’humanité. Applaudissements dans la salle. Caméras. Visages figés. Mais derrière ce théâtre, la vérité crie : 123 pays ont dit oui l’Afrique, l’Amérique latine, une partie de l’Asie. 3 pays ont dit non États-Unis, Israël, Argentine. 52 pays se sont abstenus France, Royaume-Uni, Union européenne, cachés derrière leur pudique blanc de culpabilité. Certains criminels, ou leurs descendants, trouvent encore le moyen de sourire tout en refusant de regarder leur passé. Les États-Unis n’ont aucun droit légal à verser réparation : “tout était légal.” La France, elle, s’inquiète de “mettre en concurrence les tragédies historiques.” Quelle délicatesse… quelle hypocrisie ! Haïti : la leçon ignorée Pendant que le monde tergiverse, Haïti a fait ce que personne n’a voulu faire : dire non, vaincre l’esclavage, briser les chaînes, proclamer la liberté. 1804. Les balles, le feu, le sang. La première république noire indépendante. Et depuis, le monde continue de détourner le regard. Nos ancêtres n’ont pas attendu New York pour savoir qui étaient les coupables. Les vérités que l’ONU ne voulait pas dire Après l’abolition, les esclavagistes ont été indemnisés. Les esclaves libérés ? Rien. 12,5 millions d’Africains déportés, des vies volées, des générations brisées. La richesse bâtie sur leur dos finance encore aujourd’hui les institutions occidentales. Le secrétaire général de l’ONU l’a dit : les bénéficiaires ont inventé le racisme, transformé l’oppression en science, l’injustice en norme. Et pourtant, certains continuent de fermer les yeux. Réparations ? L’ironie à son comble On parle de réparations comme si des siècles de vol, de sang et de sueur pouvaient être effacés par un simple chèque. L’histoire ne se remonte pas. La justice ne se mendie pas. Le colonialisme a toujours été généreux… envers ceux qui pillent et tuent. La vraie réparation ? Réussir, reconstruire, affirmer notre histoire par nous-mêmes, sans demander la permission à ceux qui ont volé nos ancêtres. L’ironie ultime : le monde applaudit Haïti sans le reconnaître 123 pays ont reconnu le crime. 3 pays ont dit non. 52 ont fermé les yeux. Mais Haïti, première république noire indépendante, n’a jamais attendu le feu vert du monde pour écrire son histoire. Hier, c’était symbolique. Aujourd’hui, c’est un rappel : la liberté et la dignité ne se demandent pas. Elles se prennent. Elles se défendent. Elles se vivent. Et pendant que l’ONU parle enfin de ce que Haïti a vécu, nous, descendants des insurgés, nous rappelons au monde que le vrai pouvoir, c’est de ne jamais se plier, jamais supplier, jamais oublier.

Date : 03-Apr-2026
Auteur : Maxime Daniel ETIENNE
Politique

Vers les prochaines élections : le RCMH se positionne sur l’échiquier politique haïtien

À l’approche d’éventuelles consultations électorales, la scène politique de Haïti continue de s’élargir avec l’arrivée de nouvelles structures partisanes. Dans une note de presse rendue publique le 12 mars 2026 à Port-au-Prince, le Rassemblement des Citoyens en Mouvement d’Haïti (RCMH) a annoncé son inscription officielle au registre électoral, conformément au décret électoral en vigueur. Selon le document signé par le président du parti, Péguy Jean, et son secrétaire général, Chesnel Pierre, cette reconnaissance administrative ouvre la voie à la participation du RCMH aux prochaines joutes électorales prévues dans le pays. Cette étape marque une avancée importante pour cette formation politique qui ambitionne de s’implanter durablement dans le débat public haïtien. Le RCMH se positionne idéologiquement dans la mouvance de la social-démocratie moderne, une orientation politique qui vise à concilier le dynamisme de l’économie de marché avec un haut niveau de justice sociale. Dans sa déclaration, le parti affirme vouloir promouvoir une participation citoyenne active et contribuer à la bonne marche de la société haïtienne, tout en favorisant la solidarité communautaire et la formation des jeunes aux valeurs démocratiques. Parmi ses priorités, la nouvelle formation politique met l’accent sur la bonne gouvernance, la justice sociale et la réforme progressive des institutions. Le RCMH prône notamment une économie mixte régulée, une démocratie à la fois politique et sociale, ainsi que le recours à la négociation collective comme mécanisme de régulation des relations économiques et sociales. Dans un contexte national marqué depuis plusieurs années par l’instabilité institutionnelle, la méfiance envers la classe politique et l’absence d’élections régulières, l’émergence de nouveaux partis constitue un signal de recomposition du paysage politique. Le RCMH affirme vouloir incarner un renouveau en proposant une approche réformiste visant à « civiliser le capitalisme » plutôt qu’à le remettre totalement en cause.

Date : 13-Mar-2026
Auteur : Paul Markenley AUGUSTIN
Politique

Radiographie des accords de transitions en Haïti et lecture critique du Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections

La littérature sur les États fragiles et la gouvernance publique suggère que l’efficacité institutionnelle dépend moins de la prolifération normative que de la qualité du leadership, de la solidité des mécanismes de reddition de comptes et de l’existence d’élites politique capables de résister aux logiques clientélistes et prédatrices. Dans cette perspective, l’analyse des accords successifs signés en Haïti au cours des (40) quarante dernières années permettent de mettre en évidence une constante : des engagements formels ambitieux, mais une mise en œuvre déficiente, souvent minée par l’impunité, la captation des ressources publiques et l’absence de sanctions crédibles. Le présent article propose ainsi une double démarche. D’une part, il dresse une radiographie analytique des principaux accords de transition conclus depuis 1986, en identifiant leurs objectifs, leurs innovations et leurs limites structurelles. D’autre part, il offre une lecture critique du Pacte National de 2026 signé par plusieurs partis et groupement politiques, et publié dans le journal officiel « Le Moniteur », en soutenant que la sortie durable de l’instabilité politique ne dépend pas uniquement de la signature d’un nouvel accord ou pacte, mais plutôt de l’émergence d’un leadership intègre et responsable, condition indispensable à la restauration de la confiance publique et à la consolidation démocratique en Haïti. Après la départ du président Jean Claude Duvalier en 1986, le pays s’ouvre à une longue séquence de transitions constitutionnelles et institutionnelles, aboutissant à l’adoption de la Constitution de 1987 qui fixe un cadre formel démocratique pour l’avenir du pays. Pourtant après l’adoption de cette nouvelle constitution et faute du non-respect des normes préétablies, le pays plonge dans une instabilité chronique débouchant au Governors Island Agreement en 1993 dont son objectif est de sortir le pays dans la crise après le coup d’État de 1991. Effectivement, le Governors Island Agreement (3 juillet 1993) engageait la restitution du pouvoir à Jean-Bertrand Aristide, la réforme des forces armées, et la création d’une nouvelle force de police civile ; l’accord prévoyait aussi des mécanismes de vérification internationale. Malgré la signature, l’accord a souffert d’une faible mise en œuvre effective. Ce qui provoque quelques années plus tard l’échec de l’accord. En 2004, le pays est confronté à une nouvelle crise. Face à cette situation, les élites politiques parviennent à un « Consensus for a Political Transition » signé pour orchestrer une transition civilo-politique, la tenue d'élections et la réhabilitation des institutions de l'État dans le pays. Encore une fois, le texte était déjà en place ; l'application a toutefois rencontré des difficultés sous le gouvernement Boniface - Latortue. En mars 2014, un accord politique connu sous le nom d'« Accord d'El Rancho » a été établi. L'objectif était de mettre en place un gouvernement ouvert capable de susciter la confiance et de créer les conditions indispensables à la tenue d'élections libres, équitables et démocratiques. Peu de temps après à cause de l’échec du précèdent accord soit en février 2016, un autre accord politique a été conclu pour organiser la sortie de mandat présidentiel du président Michel Joseph Martelly et garantir une continuité institutionnelle (Accord du 5 février 2016). Les fragilités institutionnelles et la défiance politique ont limité l’effet stabilisateur de l’accord. De multiples textes et propositions ont cherché à régler l’absence d’autorité centrale, la sécurité et l’organisation d’élections. Ces documents ont souvent été porteurs d’intentions, mais insuffisamment suivis d’actions concrètes et de contrôles. Présenté officiellement le 23 février 2026, le « Pacte National » se veut une nouvelle initiative de cadrage politique et électoral pour ramener la stabilité et préparer des scrutins en Haïti. Le lancement a suscité à la fois signatures et critiques au sein de la classe politique et de la société civile. Nous avons noté que les accords successifs présentent des traits communs : (i) diagnostic institutionnel sur le besoin de réformes de la police, de la justice, du cadre électoral ; (ii) mécanismes de transition gouvernements provisoires, calendriers électoraux, organes de suivi ; (iii) appui international notamment l’Organisation des Nations Unies, des organisations régionales et d’ONG internationales. Les diagnostics sont généralement justes et les recommandations pertinentes, toutefois leur mise en pratique durable laisse à désirer. Les « bons textes » rencontrent des obstacles politiques, socio-économiques et sécuritaires qui entravent leur mise en œuvre intégrale. La littérature et les rapports d’experts identifient la capture des ressources publiques par des élites économiques et politiques, l’absence de comptes crédibles et la faible capacité judiciaire comme causes majeures de la fragilité haïtienne. Ces phénomènes limitent l’efficacité des accords : quand des élites politiques ou économiques profitent du statu quo, elles n’ont pas d’intérêt à appliquer les réformes qui réduiraient leurs marges d’action selon les analyses de Klitgaard et du rapport OCDE. L’incapacité de l’État à assurer la sécurité et à monopoliser l’usage légitime de la force rend la mise en œuvre d’accords surtout électoraux pratiquement impossible sans une recomposition sérieuse du rapport de forces. À notre constat montre que les accords qui ne prévoient pas de véritables solutions de sécurité se voient contrecarrés sur le terrain. Les textes exigent des administrations fonctionnelles pour organiser les scrutins, la vérification des listes électorales, la gestion budgétaire des campagnes, etc. Or la corruption administrative et la faiblesse de capacités techniques empêchent l’exécution fiable des mesures prévues dans les différents accords. Des études à la fois académiques et institutionnelles l’indiquent clairement. La conclusion qui découle des éléments ci-dessus c’est que le problème n’est pas principalement l’insuffisance de textes ou d’accords, mais l’absence d’un réservoir suffisant de responsables publics honnêtes, intègres et compétents, capables de résister aux pressions clientélaires et mafieuses, à faire appliquer la loi et à rendre compte publiquement. Les accords peuvent tracer une feuille de route, mais il faut des acteurs porteurs de probité pour l’exécuter. Le pacte national tente de réunir acteurs politiques, société civile et organes étatiques autour d’un calendrier et de mesures de stabilisation et d’organisation des élections. Il capitalise sur l’expérience précédente. Si nous entendons à exécuter ce pacte sans mesures fortes et crédibles, premièrement démanteler les réseaux de corruption, deuxièmement sécuriser l’espace public, troisièmement assurer une justice indépendante et la poursuite des crimes de haut niveau. Sinon, le pacte risque de rester une « énième charte sans effet sur les objectifs fixés » qui pourrait être bonne sur le papier, mais faible dans l’exécution. Les précédents historiques illustrent aussi que l’absence d’une élite d’État disposée à appliquer des sanctions et à rompre l’impunité rend inefficace tout accord. Effectivement, le pacte suscite des critiques sur son inclusivité et sur la crédibilité des signataires car certains partis et organisations l’ont dénoncé. Sans légitimité sociale large et sans contrôle indépendant, son potentiel stabilisateur est limité. En définitive, l’histoire des accords en Haïti montre que les textes existent et sont souvent pertinents. La répétition des échecs tient moins à la qualité rédactionnelle qu’à la faible volonté politique de faire respecter les règles, à la capture par des élites politiques et à l’insuffisance d’acteurs publics intègres et de systèmes de contrôle efficaces. Le Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections constitue, en ce sens, une opportunité mais aussi une épreuve de vérité pour le gouvernement de Fils-Aimé. Son efficacité dépendra non seulement de son architecture normative, mais surtout de la qualité morale et professionnelle des acteurs chargés de l’appliquer en toute conformité. La sortie de l’instabilité chronique suppose une rupture avec les pratiques de captation, de clientélisme et d’irresponsabilité institutionnelle qui ont fragilisé l’État depuis des décennies. L’histoire récente d’Haïti enseigne une leçon fondamentale de gouvernance publique : les textes peuvent orienter l’action, mais seuls des hommes et des femmes intègres peuvent leur donner corps. La stabilité ne se décrète pas ; elle se construit par la cohérence entre la norme et l’éthique, entre la promesse politique et la responsabilité institutionnelle. Tant que cette cohérence ne sera pas restaurée, la transition risque de demeurer permanente et la stabilité, toujours différée.

Date : 08-Mar-2026
Auteur : Jonathan MEUS

A LA UNE

Que peut-on attendre de la Force de Répréssion des Gangs en Haïti

La République d’Haïti connaît une crise multidimensionnelle depuis plusieurs années qui est caractérisée par l’effondrement de l’État, la montée en puissance des gangs armés et une paralysie démocratique persistante dans le pays. Dans ce contexte, la mise en place d’une nouvelle force qui est connue sous le nom de « Force de Répression des Gangs (FRG) », autorisée par la Résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité des Nations Unies, fait l’objet de notre analyse et suscite un débat fondamental : une intervention sécuritaire renforcée peut-elle compenser les déficits politiques et institutionnels structurels du pays ? En effet, la situation sécuritaire en Haïti s’est profondément dégradée depuis la fin des années 2010, avec une intensification notable après 2021 surtout à l’accession au pouvoir du Premier Ministre Ariel Henry. De plus, les gangs armés contrôlent aujourd’hui une grande partie de la capitale et imposent leur autorité sur des quartiers entiers. Selon plusieurs rapports, jusqu’à 80 à 90 % de la Capitale est sous influence de groupes armés, qui exercent des fonctions quasi étatiques, notamment en matière de sécurité, de taxation et de contrôle des flux économiques du pays (Brussels : ICG, 2024). Cette dynamique correspond à ce que certains chercheurs qualifient d’« insurrection criminelle », dans laquelle des acteurs non étatiques concurrencent ou défient directement l’autorité publique (Robert Muggah et al, 2023). Dans une perspective inspirée de Thomas Hobbes, cette situation peut être interprétée comme un retour à l’« état de nature », caractérisé par l’absence d’autorité souveraine capable de garantir la sécurité dans la cité (Hobbes, 1651). Cependant, les données disponibles montrent que la violence généralisée en Haïti a des conséquences humanitaires majeures, notamment des déplacements internes massifs, une augmentation des violences sexuelles et l'effondrement des services publics. En outre, des organisations internationales et nationales font état d'une augmentation significative des violations des droits de l’homme, en particulier dans les zones contrôlées par les gangs. Il convient de noter qu'Haïti n'a pas organisé d'élections depuis 2016. Cette absence prolongée d'élections a entraîné une crise profonde de légitimité politique. Dans la perspective de Max Weber, l’autorité politique à l’ère contemporaine repose sur la reconnaissance de sa légitimité légale-rationnelle (Weber, 1922). Or, en Haïti, cette légitimité est aujourd’hui fortement contestée, fragilisant la capacité de l’État à gouverner efficacement le pays. L’absence des exercices électoraux et la faiblesse des institutions traduisent une rupture du contrat social, correspond au sens de Jean-Jacques Rousseau (Rousseau, 1762). Car, la souveraineté populaire ne s’exprime plus, laissant place à une fragmentation du pouvoir et à une montée de la violence. Face à la gravité de la situation, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté plusieurs résolutions majeures notamment la Résolution 2699 (2023), autorisant une mission multinationale d’appui à la sécurité ; la Résolution 2692 (2023), prolongeant le mandat du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et enfin Résolutions 2793 (2025), renforçant le dispositif sécuritaire qui aboutit à la Force de Répression des Gangs (FRG). Ces résolutions reconnaissent que la situation en Haïti est critique et constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales (Nations Unies, 2023). Ce changement est principalement dû à l'échec de la Mission Multinationale d’appui à la Sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya, qui était censée apporter une réponse rapide à la crise en Haïti. Cependant, son déploiement s'est heurté à des difficultés majeures. Tout d’abord, il y avait un manque important de personnel. En second lieu, le financement des partenaires internationaux s'est avéré insuffisant, malgré leurs engagements envers la mission. Troisièmement, la mission a eu un impact limité sur la dynamique des gangs, ce qui, en termes d’évaluation, signifie que nous ne pouvons pas faire état d’une satisfaction de la part de la population. Par conséquent, cet échec relatif confirme l’analyse de Samuel Huntington selon laquelle la stabilité politique dépend d’institutions solides ; en leur absence, les interventions sécuritaires restent fragiles (Huntington, 1968). Avec l’adoption de la résolution 2793 (2025), une nouvelle force a été mise en place pour faire face à nouveau à la situation sécuritaire en Haïti. Selon cette résolution, la FRG se distingue par un effectif plus important, un mandat plus proactif et une structure opérationnelle améliorée sur le terrain. Plus précisément, cette force vise à neutraliser les gangs et à rétablir un niveau minimum d’ordre public en Haïti. Cela ne nous empêche toutefois pas de prédire ce qui nous attend sur le terrain. À première vue, cette réponse semble incomplète. Car malgré ces avancées, plusieurs défis persistent aujourd'hui : la coordination avec des institutions nationales fragiles et la dépendance totale vis-à-vis du financement de la communauté internationale. De plus, compte tenu de l'absence de consultation des citoyens, il existe un risque de rejet par la population. En soutenant la démarche d’Hannah Arendt, la violence ne peut se substituer durablement au pouvoir légitime ; elle ne peut que le soutenir temporairement (Arendt, 1970). Pour être très précis, voici ce que l’on peut attendre de la Force de Répression des Gangs à court terme. Premièrement, elle pourrait contribuer à réduire la capacité opérationnelle des gangs, qui gagnent du terrain de jour en jour. Ensuite, sécuriser certaines régions clés et ouvrir des routes importantes comme le grand Nord et le grand Sud pour améliorer le transport des biens et services dans le pays. Finalement, le plus gros défi reste l’organisation des élections qui est en retard depuis environ cinq (5) ans dans le pays. Il existe en effet des contraintes structurelles qui empêcheront une stabilité effective dans le pays. Cependant, sans réformes politiques profondes, son impact restera limité. La stabilisation d’Haïti passe par l’organisation d’élections crédibles, la reconstruction des institutions et le rétablissement de la confiance du public. Comme le souligne Robert Dahl, une démocratie effective repose sur la participation, la compétition et l’inclusion éléments encore largement absents en Haïti (Dahl, 1971). En définitive, la Force de Répression des Gangs représente une initiative plus ambitieuse que les interventions précédentes visant à résoudre la crise sécuritaire en Haïti. Cependant, son efficacité dépendra largement de facteurs qui dépassent son mandat, tels que la volonté politique, la reconstruction institutionnelle et le retour à l'ordre constitutionnel en Haïti qui fait défaut depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse. La question fondamentale n'est pas simplement une question de sécurité. Elle est au contraire profondément politique, car sans le renouvellement du contrat social, aucune intervention, aussi vigoureuse soit-elle, ne peut garantir une paix durable en Haïti. Bibliographie • Arendt, Hannah. On Violence. New York: Harcourt, 1970. • Dahl, Robert. Polyarchy: Participation and Opposition. New Haven: Yale University Press, 1971. • Hobbes, Thomas. Leviathan. London, 1651. • Huntington, Samuel. Political Order in Changing Societies. New Haven: Yale University Press, 1968. • International Crisis Group. Haiti’s Gang Crisis. Brussels, 2024. • Nations Unies. Conseil de sécurité. Résolutions 2692 (2023). • Nations Unies. Conseil de sécurité. Résolutions 2699 (2023). • Nations Unies. Conseil de sécurité. Résolutions 2793 (2025). • Rousseau, Jean-Jacques. Du contrat social. 1762. • Weber, Max. Économie et société. Paris: Plon, 1922. • Institute for Justice & Democracy in Haiti. Human Rights and the Rule of Law in Haiti. 2026.

L’ONU et l’esclavage : 400 ans pour dire ce que Haïti savait déjà

New York, 25 mars 2026 Après quatre siècles de silence, de mensonges diplomatiques et de sourires hypocrites, l’ONU a enfin osé dire ce que Haïti, première république noire indépendante, sait depuis 1804 : l’esclavage était le pire crime contre l’humanité. Applaudissements dans la salle. Caméras. Visages figés. Mais derrière ce théâtre, la vérité crie : 123 pays ont dit oui l’Afrique, l’Amérique latine, une partie de l’Asie. 3 pays ont dit non États-Unis, Israël, Argentine. 52 pays se sont abstenus France, Royaume-Uni, Union européenne, cachés derrière leur pudique blanc de culpabilité. Certains criminels, ou leurs descendants, trouvent encore le moyen de sourire tout en refusant de regarder leur passé. Les États-Unis n’ont aucun droit légal à verser réparation : “tout était légal.” La France, elle, s’inquiète de “mettre en concurrence les tragédies historiques.” Quelle délicatesse… quelle hypocrisie ! Haïti : la leçon ignorée Pendant que le monde tergiverse, Haïti a fait ce que personne n’a voulu faire : dire non, vaincre l’esclavage, briser les chaînes, proclamer la liberté. 1804. Les balles, le feu, le sang. La première république noire indépendante. Et depuis, le monde continue de détourner le regard. Nos ancêtres n’ont pas attendu New York pour savoir qui étaient les coupables. Les vérités que l’ONU ne voulait pas dire Après l’abolition, les esclavagistes ont été indemnisés. Les esclaves libérés ? Rien. 12,5 millions d’Africains déportés, des vies volées, des générations brisées. La richesse bâtie sur leur dos finance encore aujourd’hui les institutions occidentales. Le secrétaire général de l’ONU l’a dit : les bénéficiaires ont inventé le racisme, transformé l’oppression en science, l’injustice en norme. Et pourtant, certains continuent de fermer les yeux. Réparations ? L’ironie à son comble On parle de réparations comme si des siècles de vol, de sang et de sueur pouvaient être effacés par un simple chèque. L’histoire ne se remonte pas. La justice ne se mendie pas. Le colonialisme a toujours été généreux… envers ceux qui pillent et tuent. La vraie réparation ? Réussir, reconstruire, affirmer notre histoire par nous-mêmes, sans demander la permission à ceux qui ont volé nos ancêtres. L’ironie ultime : le monde applaudit Haïti sans le reconnaître 123 pays ont reconnu le crime. 3 pays ont dit non. 52 ont fermé les yeux. Mais Haïti, première république noire indépendante, n’a jamais attendu le feu vert du monde pour écrire son histoire. Hier, c’était symbolique. Aujourd’hui, c’est un rappel : la liberté et la dignité ne se demandent pas. Elles se prennent. Elles se défendent. Elles se vivent. Et pendant que l’ONU parle enfin de ce que Haïti a vécu, nous, descendants des insurgés, nous rappelons au monde que le vrai pouvoir, c’est de ne jamais se plier, jamais supplier, jamais oublier.

Vers les prochaines élections : le RCMH se positionne sur l’échiquier politique haïtien

À l’approche d’éventuelles consultations électorales, la scène politique de Haïti continue de s’élargir avec l’arrivée de nouvelles structures partisanes. Dans une note de presse rendue publique le 12 mars 2026 à Port-au-Prince, le Rassemblement des Citoyens en Mouvement d’Haïti (RCMH) a annoncé son inscription officielle au registre électoral, conformément au décret électoral en vigueur. Selon le document signé par le président du parti, Péguy Jean, et son secrétaire général, Chesnel Pierre, cette reconnaissance administrative ouvre la voie à la participation du RCMH aux prochaines joutes électorales prévues dans le pays. Cette étape marque une avancée importante pour cette formation politique qui ambitionne de s’implanter durablement dans le débat public haïtien. Le RCMH se positionne idéologiquement dans la mouvance de la social-démocratie moderne, une orientation politique qui vise à concilier le dynamisme de l’économie de marché avec un haut niveau de justice sociale. Dans sa déclaration, le parti affirme vouloir promouvoir une participation citoyenne active et contribuer à la bonne marche de la société haïtienne, tout en favorisant la solidarité communautaire et la formation des jeunes aux valeurs démocratiques. Parmi ses priorités, la nouvelle formation politique met l’accent sur la bonne gouvernance, la justice sociale et la réforme progressive des institutions. Le RCMH prône notamment une économie mixte régulée, une démocratie à la fois politique et sociale, ainsi que le recours à la négociation collective comme mécanisme de régulation des relations économiques et sociales. Dans un contexte national marqué depuis plusieurs années par l’instabilité institutionnelle, la méfiance envers la classe politique et l’absence d’élections régulières, l’émergence de nouveaux partis constitue un signal de recomposition du paysage politique. Le RCMH affirme vouloir incarner un renouveau en proposant une approche réformiste visant à « civiliser le capitalisme » plutôt qu’à le remettre totalement en cause.

POLITIQUE

Que peut-on attendre de la Force de Répréssion des Gangs en Haïti

La République d’Haïti connaît une crise multidimensionnelle depuis plusieurs années qui est caractérisée par l’effondrement de l’État, la montée en puissance des gangs armés et une paralysie démocratique persistante dans le pays. Dans ce contexte, la mise en place d’une nouvelle force qui est connue sous le nom de « Force de Répression des Gangs (FRG) », autorisée par la Résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité des Nations Unies, fait l’objet de notre analyse et suscite un débat fondamental : une intervention sécuritaire renforcée peut-elle compenser les déficits politiques et institutionnels structurels du pays ? En effet, la situation sécuritaire en Haïti s’est profondément dégradée depuis la fin des années 2010, avec une intensification notable après 2021 surtout à l’accession au pouvoir du Premier Ministre Ariel Henry. De plus, les gangs armés contrôlent aujourd’hui une grande partie de la capitale et imposent leur autorité sur des quartiers entiers. Selon plusieurs rapports, jusqu’à 80 à 90 % de la Capitale est sous influence de groupes armés, qui exercent des fonctions quasi étatiques, notamment en matière de sécurité, de taxation et de contrôle des flux économiques du pays (Brussels : ICG, 2024). Cette dynamique correspond à ce que certains chercheurs qualifient d’« insurrection criminelle », dans laquelle des acteurs non étatiques concurrencent ou défient directement l’autorité publique (Robert Muggah et al, 2023). Dans une perspective inspirée de Thomas Hobbes, cette situation peut être interprétée comme un retour à l’« état de nature », caractérisé par l’absence d’autorité souveraine capable de garantir la sécurité dans la cité (Hobbes, 1651). Cependant, les données disponibles montrent que la violence généralisée en Haïti a des conséquences humanitaires majeures, notamment des déplacements internes massifs, une augmentation des violences sexuelles et l'effondrement des services publics. En outre, des organisations internationales et nationales font état d'une augmentation significative des violations des droits de l’homme, en particulier dans les zones contrôlées par les gangs. Il convient de noter qu'Haïti n'a pas organisé d'élections depuis 2016. Cette absence prolongée d'élections a entraîné une crise profonde de légitimité politique. Dans la perspective de Max Weber, l’autorité politique à l’ère contemporaine repose sur la reconnaissance de sa légitimité légale-rationnelle (Weber, 1922). Or, en Haïti, cette légitimité est aujourd’hui fortement contestée, fragilisant la capacité de l’État à gouverner efficacement le pays. L’absence des exercices électoraux et la faiblesse des institutions traduisent une rupture du contrat social, correspond au sens de Jean-Jacques Rousseau (Rousseau, 1762). Car, la souveraineté populaire ne s’exprime plus, laissant place à une fragmentation du pouvoir et à une montée de la violence. Face à la gravité de la situation, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté plusieurs résolutions majeures notamment la Résolution 2699 (2023), autorisant une mission multinationale d’appui à la sécurité ; la Résolution 2692 (2023), prolongeant le mandat du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et enfin Résolutions 2793 (2025), renforçant le dispositif sécuritaire qui aboutit à la Force de Répression des Gangs (FRG). Ces résolutions reconnaissent que la situation en Haïti est critique et constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales (Nations Unies, 2023). Ce changement est principalement dû à l'échec de la Mission Multinationale d’appui à la Sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya, qui était censée apporter une réponse rapide à la crise en Haïti. Cependant, son déploiement s'est heurté à des difficultés majeures. Tout d’abord, il y avait un manque important de personnel. En second lieu, le financement des partenaires internationaux s'est avéré insuffisant, malgré leurs engagements envers la mission. Troisièmement, la mission a eu un impact limité sur la dynamique des gangs, ce qui, en termes d’évaluation, signifie que nous ne pouvons pas faire état d’une satisfaction de la part de la population. Par conséquent, cet échec relatif confirme l’analyse de Samuel Huntington selon laquelle la stabilité politique dépend d’institutions solides ; en leur absence, les interventions sécuritaires restent fragiles (Huntington, 1968). Avec l’adoption de la résolution 2793 (2025), une nouvelle force a été mise en place pour faire face à nouveau à la situation sécuritaire en Haïti. Selon cette résolution, la FRG se distingue par un effectif plus important, un mandat plus proactif et une structure opérationnelle améliorée sur le terrain. Plus précisément, cette force vise à neutraliser les gangs et à rétablir un niveau minimum d’ordre public en Haïti. Cela ne nous empêche toutefois pas de prédire ce qui nous attend sur le terrain. À première vue, cette réponse semble incomplète. Car malgré ces avancées, plusieurs défis persistent aujourd'hui : la coordination avec des institutions nationales fragiles et la dépendance totale vis-à-vis du financement de la communauté internationale. De plus, compte tenu de l'absence de consultation des citoyens, il existe un risque de rejet par la population. En soutenant la démarche d’Hannah Arendt, la violence ne peut se substituer durablement au pouvoir légitime ; elle ne peut que le soutenir temporairement (Arendt, 1970). Pour être très précis, voici ce que l’on peut attendre de la Force de Répression des Gangs à court terme. Premièrement, elle pourrait contribuer à réduire la capacité opérationnelle des gangs, qui gagnent du terrain de jour en jour. Ensuite, sécuriser certaines régions clés et ouvrir des routes importantes comme le grand Nord et le grand Sud pour améliorer le transport des biens et services dans le pays. Finalement, le plus gros défi reste l’organisation des élections qui est en retard depuis environ cinq (5) ans dans le pays. Il existe en effet des contraintes structurelles qui empêcheront une stabilité effective dans le pays. Cependant, sans réformes politiques profondes, son impact restera limité. La stabilisation d’Haïti passe par l’organisation d’élections crédibles, la reconstruction des institutions et le rétablissement de la confiance du public. Comme le souligne Robert Dahl, une démocratie effective repose sur la participation, la compétition et l’inclusion éléments encore largement absents en Haïti (Dahl, 1971). En définitive, la Force de Répression des Gangs représente une initiative plus ambitieuse que les interventions précédentes visant à résoudre la crise sécuritaire en Haïti. Cependant, son efficacité dépendra largement de facteurs qui dépassent son mandat, tels que la volonté politique, la reconstruction institutionnelle et le retour à l'ordre constitutionnel en Haïti qui fait défaut depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse. La question fondamentale n'est pas simplement une question de sécurité. Elle est au contraire profondément politique, car sans le renouvellement du contrat social, aucune intervention, aussi vigoureuse soit-elle, ne peut garantir une paix durable en Haïti. Bibliographie • Arendt, Hannah. On Violence. New York: Harcourt, 1970. • Dahl, Robert. Polyarchy: Participation and Opposition. New Haven: Yale University Press, 1971. • Hobbes, Thomas. Leviathan. London, 1651. • Huntington, Samuel. Political Order in Changing Societies. New Haven: Yale University Press, 1968. • International Crisis Group. Haiti’s Gang Crisis. Brussels, 2024. • Nations Unies. Conseil de sécurité. Résolutions 2692 (2023). • Nations Unies. Conseil de sécurité. Résolutions 2699 (2023). • Nations Unies. Conseil de sécurité. Résolutions 2793 (2025). • Rousseau, Jean-Jacques. Du contrat social. 1762. • Weber, Max. Économie et société. Paris: Plon, 1922. • Institute for Justice & Democracy in Haiti. Human Rights and the Rule of Law in Haiti. 2026.

Vers les prochaines élections : le RCMH se positionne sur l’échiquier politique haïtien

À l’approche d’éventuelles consultations électorales, la scène politique de Haïti continue de s’élargir avec l’arrivée de nouvelles structures partisanes. Dans une note de presse rendue publique le 12 mars 2026 à Port-au-Prince, le Rassemblement des Citoyens en Mouvement d’Haïti (RCMH) a annoncé son inscription officielle au registre électoral, conformément au décret électoral en vigueur. Selon le document signé par le président du parti, Péguy Jean, et son secrétaire général, Chesnel Pierre, cette reconnaissance administrative ouvre la voie à la participation du RCMH aux prochaines joutes électorales prévues dans le pays. Cette étape marque une avancée importante pour cette formation politique qui ambitionne de s’implanter durablement dans le débat public haïtien. Le RCMH se positionne idéologiquement dans la mouvance de la social-démocratie moderne, une orientation politique qui vise à concilier le dynamisme de l’économie de marché avec un haut niveau de justice sociale. Dans sa déclaration, le parti affirme vouloir promouvoir une participation citoyenne active et contribuer à la bonne marche de la société haïtienne, tout en favorisant la solidarité communautaire et la formation des jeunes aux valeurs démocratiques. Parmi ses priorités, la nouvelle formation politique met l’accent sur la bonne gouvernance, la justice sociale et la réforme progressive des institutions. Le RCMH prône notamment une économie mixte régulée, une démocratie à la fois politique et sociale, ainsi que le recours à la négociation collective comme mécanisme de régulation des relations économiques et sociales. Dans un contexte national marqué depuis plusieurs années par l’instabilité institutionnelle, la méfiance envers la classe politique et l’absence d’élections régulières, l’émergence de nouveaux partis constitue un signal de recomposition du paysage politique. Le RCMH affirme vouloir incarner un renouveau en proposant une approche réformiste visant à « civiliser le capitalisme » plutôt qu’à le remettre totalement en cause.

Radiographie des accords de transitions en Haïti et lecture critique du Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections

La littérature sur les États fragiles et la gouvernance publique suggère que l’efficacité institutionnelle dépend moins de la prolifération normative que de la qualité du leadership, de la solidité des mécanismes de reddition de comptes et de l’existence d’élites politique capables de résister aux logiques clientélistes et prédatrices. Dans cette perspective, l’analyse des accords successifs signés en Haïti au cours des (40) quarante dernières années permettent de mettre en évidence une constante : des engagements formels ambitieux, mais une mise en œuvre déficiente, souvent minée par l’impunité, la captation des ressources publiques et l’absence de sanctions crédibles. Le présent article propose ainsi une double démarche. D’une part, il dresse une radiographie analytique des principaux accords de transition conclus depuis 1986, en identifiant leurs objectifs, leurs innovations et leurs limites structurelles. D’autre part, il offre une lecture critique du Pacte National de 2026 signé par plusieurs partis et groupement politiques, et publié dans le journal officiel « Le Moniteur », en soutenant que la sortie durable de l’instabilité politique ne dépend pas uniquement de la signature d’un nouvel accord ou pacte, mais plutôt de l’émergence d’un leadership intègre et responsable, condition indispensable à la restauration de la confiance publique et à la consolidation démocratique en Haïti. Après la départ du président Jean Claude Duvalier en 1986, le pays s’ouvre à une longue séquence de transitions constitutionnelles et institutionnelles, aboutissant à l’adoption de la Constitution de 1987 qui fixe un cadre formel démocratique pour l’avenir du pays. Pourtant après l’adoption de cette nouvelle constitution et faute du non-respect des normes préétablies, le pays plonge dans une instabilité chronique débouchant au Governors Island Agreement en 1993 dont son objectif est de sortir le pays dans la crise après le coup d’État de 1991. Effectivement, le Governors Island Agreement (3 juillet 1993) engageait la restitution du pouvoir à Jean-Bertrand Aristide, la réforme des forces armées, et la création d’une nouvelle force de police civile ; l’accord prévoyait aussi des mécanismes de vérification internationale. Malgré la signature, l’accord a souffert d’une faible mise en œuvre effective. Ce qui provoque quelques années plus tard l’échec de l’accord. En 2004, le pays est confronté à une nouvelle crise. Face à cette situation, les élites politiques parviennent à un « Consensus for a Political Transition » signé pour orchestrer une transition civilo-politique, la tenue d'élections et la réhabilitation des institutions de l'État dans le pays. Encore une fois, le texte était déjà en place ; l'application a toutefois rencontré des difficultés sous le gouvernement Boniface - Latortue. En mars 2014, un accord politique connu sous le nom d'« Accord d'El Rancho » a été établi. L'objectif était de mettre en place un gouvernement ouvert capable de susciter la confiance et de créer les conditions indispensables à la tenue d'élections libres, équitables et démocratiques. Peu de temps après à cause de l’échec du précèdent accord soit en février 2016, un autre accord politique a été conclu pour organiser la sortie de mandat présidentiel du président Michel Joseph Martelly et garantir une continuité institutionnelle (Accord du 5 février 2016). Les fragilités institutionnelles et la défiance politique ont limité l’effet stabilisateur de l’accord. De multiples textes et propositions ont cherché à régler l’absence d’autorité centrale, la sécurité et l’organisation d’élections. Ces documents ont souvent été porteurs d’intentions, mais insuffisamment suivis d’actions concrètes et de contrôles. Présenté officiellement le 23 février 2026, le « Pacte National » se veut une nouvelle initiative de cadrage politique et électoral pour ramener la stabilité et préparer des scrutins en Haïti. Le lancement a suscité à la fois signatures et critiques au sein de la classe politique et de la société civile. Nous avons noté que les accords successifs présentent des traits communs : (i) diagnostic institutionnel sur le besoin de réformes de la police, de la justice, du cadre électoral ; (ii) mécanismes de transition gouvernements provisoires, calendriers électoraux, organes de suivi ; (iii) appui international notamment l’Organisation des Nations Unies, des organisations régionales et d’ONG internationales. Les diagnostics sont généralement justes et les recommandations pertinentes, toutefois leur mise en pratique durable laisse à désirer. Les « bons textes » rencontrent des obstacles politiques, socio-économiques et sécuritaires qui entravent leur mise en œuvre intégrale. La littérature et les rapports d’experts identifient la capture des ressources publiques par des élites économiques et politiques, l’absence de comptes crédibles et la faible capacité judiciaire comme causes majeures de la fragilité haïtienne. Ces phénomènes limitent l’efficacité des accords : quand des élites politiques ou économiques profitent du statu quo, elles n’ont pas d’intérêt à appliquer les réformes qui réduiraient leurs marges d’action selon les analyses de Klitgaard et du rapport OCDE. L’incapacité de l’État à assurer la sécurité et à monopoliser l’usage légitime de la force rend la mise en œuvre d’accords surtout électoraux pratiquement impossible sans une recomposition sérieuse du rapport de forces. À notre constat montre que les accords qui ne prévoient pas de véritables solutions de sécurité se voient contrecarrés sur le terrain. Les textes exigent des administrations fonctionnelles pour organiser les scrutins, la vérification des listes électorales, la gestion budgétaire des campagnes, etc. Or la corruption administrative et la faiblesse de capacités techniques empêchent l’exécution fiable des mesures prévues dans les différents accords. Des études à la fois académiques et institutionnelles l’indiquent clairement. La conclusion qui découle des éléments ci-dessus c’est que le problème n’est pas principalement l’insuffisance de textes ou d’accords, mais l’absence d’un réservoir suffisant de responsables publics honnêtes, intègres et compétents, capables de résister aux pressions clientélaires et mafieuses, à faire appliquer la loi et à rendre compte publiquement. Les accords peuvent tracer une feuille de route, mais il faut des acteurs porteurs de probité pour l’exécuter. Le pacte national tente de réunir acteurs politiques, société civile et organes étatiques autour d’un calendrier et de mesures de stabilisation et d’organisation des élections. Il capitalise sur l’expérience précédente. Si nous entendons à exécuter ce pacte sans mesures fortes et crédibles, premièrement démanteler les réseaux de corruption, deuxièmement sécuriser l’espace public, troisièmement assurer une justice indépendante et la poursuite des crimes de haut niveau. Sinon, le pacte risque de rester une « énième charte sans effet sur les objectifs fixés » qui pourrait être bonne sur le papier, mais faible dans l’exécution. Les précédents historiques illustrent aussi que l’absence d’une élite d’État disposée à appliquer des sanctions et à rompre l’impunité rend inefficace tout accord. Effectivement, le pacte suscite des critiques sur son inclusivité et sur la crédibilité des signataires car certains partis et organisations l’ont dénoncé. Sans légitimité sociale large et sans contrôle indépendant, son potentiel stabilisateur est limité. En définitive, l’histoire des accords en Haïti montre que les textes existent et sont souvent pertinents. La répétition des échecs tient moins à la qualité rédactionnelle qu’à la faible volonté politique de faire respecter les règles, à la capture par des élites politiques et à l’insuffisance d’acteurs publics intègres et de systèmes de contrôle efficaces. Le Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections constitue, en ce sens, une opportunité mais aussi une épreuve de vérité pour le gouvernement de Fils-Aimé. Son efficacité dépendra non seulement de son architecture normative, mais surtout de la qualité morale et professionnelle des acteurs chargés de l’appliquer en toute conformité. La sortie de l’instabilité chronique suppose une rupture avec les pratiques de captation, de clientélisme et d’irresponsabilité institutionnelle qui ont fragilisé l’État depuis des décennies. L’histoire récente d’Haïti enseigne une leçon fondamentale de gouvernance publique : les textes peuvent orienter l’action, mais seuls des hommes et des femmes intègres peuvent leur donner corps. La stabilité ne se décrète pas ; elle se construit par la cohérence entre la norme et l’éthique, entre la promesse politique et la responsabilité institutionnelle. Tant que cette cohérence ne sera pas restaurée, la transition risque de demeurer permanente et la stabilité, toujours différée.

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